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Thomas d'Aquin

Suivre Thomas d'Aquin sur un âne, revoir la Toscane et  Nicolas, ce jeune sculpteur et architecte, de Sienne à Pise où il construit le baptistère. Ne pas regretter la défaite (provisoire ?) d'Arius, mais  espérer que les kabalistes (et les cardiologues) sauront encore écrire des histoires.

 

" Je proposai de m'éclipser, mais Nicolas se sentit presque offensé de ma proposition.

- Alors invite cette jeune femme à nous rejoindre. Je me sentirai moins en faute.

- Elle se nomme Gelsomina, du nom d'une fleur arabe qui pousse en Sicile, une fleur lunaire, qui dégage un parfum puissant, capable d'étourdir."

                    Eduardo Rebulla - Cartes du ciel (Editions de l'Arbre vengeur - 2008) 

15.8.09 18:24


Un modèle de lettre à Guillaume Pepy

 

J'ai l'honneur de te rappeler mon courrier du... et comme cela fait maintenant un mois que nous nous connaissons, je me permets de te tutoyer (bien entendu, si cela te choquait de quelque manière, je reprendrais le voussoiement).

Je suis de ceux qui considèrent que l'argent est un fluide d'amour et qu'on ne peut jamais exiger de l'amour, par conséquent, une réponse positive à mon courrier précité n'est pas ma première préoccupation (je sais d'ailleurs que nous partageons là-dessus le même point de vue, puisque la SNCF fournit plutôt des bons de caisse qui ont beaucoup moins de puissance érotique) ; non, ma première préoccupation  est d'obtenir une réponse, car la courtoisie participe universellement de la prévention des agressions et que je souhaite participer comme toi à cette oeuvre civique.

Reçois donc ce rappel avec bonne humeur....

 

 (leporello : enfin un blog utile)

 

 

 

 

8.6.09 09:38


Le rire est d'essence satanique !

"Un scrupule me  prend. Faut- il répondre par une  démonstration en règle à une espèce de question préalable que voudraient sans doute malicieusement soulever certains professeurs jurés de sérieux, charlatans de la gravité, cadavres pédantesques sortis des froids hypogées de  l'Institut, et revenus sur la terre des vivants, comme certains fantômes avares, pour arracher quelques sous à de complaisants ministères ? (...) Contemporains de Rabelais, ils l'eussent traîté de vil bouffon."

 (Charles Baudelaire - "De l'essence du rire" - Editions Sillage- 3° trimestre 2008)

 

A suivre, mais ceci est un hommage personnel, après la lecture d'un article de Madame Catherine Lalouette, membre de l'Institut.

17.1.09 12:54


La dernière guerre médiévale eut pour théâtre l'Italie, entre 1943 et 1944

 

C'est par le cinéma que j'avais entendu parler du "Patient anglais". Je ne fréquente pas les salles de cinéma et encore moins la télévision, je n'ai donc pas vu le film. Mais, grâce à Mademoiselle Vitriol, j'ai découvert avec le roman de Michael Ondaatje un chef d'oeuvre de poésie humaine et de philosophie stoïcienne.

"Des chats dormaient dans les tourelles des chars, orientés au midi. Anglais, Américains, Indiens, Australiens et canadiens avançaient vers le nord, les restes d'obus explosaient et se dispersaient dans les airs. Le jour où les troupes se rassemblèrent, à Sansepolcro, ville dont l'emblème est l'arbalète, quelques soldats du cinquième bataillon se procurèrent cette arme et, la nuit venue, tirèrent silencieusement par-dessus les murs de la ville qui n'était pas occupée. Le général Kerserling, à la tête de l'armée allemande qui battait en retraite, envisagea sérieusement de verser de l'huile bouillante du haut des remparts"

(Michael Ondaatje - "Le Patient Anglais" - Traduction Marie-Odile Fortier-Masek - Points Seuil 1995)

24.10.08 09:43


Pourquoi les anges tombent du ciel, les ailes en flammes...

 

 

Il n'y a que la lumière blanche   et grise, si crue, qui change, et les églises qui ne donnent pas d'ombre. Pour le reste, ce sont les studios où la petite culotte sale  surveille la bouteille de lait entamée, où les chatons s'électrocutent, où les garçons  sortent les poubelles et où menacent toujours les bouquets de mariée pleins de pucerons. Comme chez nous quand vous êtes une jeune femme. Ce que je ne suis pas. Mais je m'y connais en placards.Et j'ai pensé  à Loisible Oiselle (qui fait son chemin, semble-t'il).

 

 

"Non, il ne me vient pas à l'idée de te demander  pourquoi tu dors  dans le placard. Je pourrais aussi bien demander : pourquoi est-ce que les anges tombent du ciel, les ailes en flammes ? Je n'essaierai pas non plus de t'attirer au-dehors parce que je trouve bien plus beau  de venir chez toi, en jupe de tissu  imprimé à fleurs pour  te faire croire que le printemps est arrivé. Boire avec toi qand tu es trop tendre pour le monde. m'asseoir sur toi quand tu es trop dur pour pouvoir respirer calmement. débrancher le téléphone pendant ce temps-là. Et puis je m'en vais. Parce que je suis tellent enfant que j'ai besoin de la lumière du jour et d'oxygène et d'un verre de lait le matin. le moment viendra  pourtant sans doute où j'en aurai assez de tout ça et où je viendrai avec la plus grande bouteille  de whisky que tu aies jamais vu et ton placard sera notre tombeau." ( Gudrun Eva Minervudottir - Quand il te regarde tu es comme la Vierge Marie -Editions Zulma -2008 - Belle traduction de l'Islandais par  Catherine Eyjolfsson)

2.10.08 10:26


Si Mahmoud Essaidi

"Le Grand Chott l'a bu", lui avait dit un guide Chaambi  en parlant de son frère. Et avec un frisson d'angoisse, il se souvint de cette phrase  dite dans une nuit funèbre de tempête et de détresse, au milieu même des solitudes maudites  de ce grand Chott Melghir, perfide et homicide."

Isabelle Eberhardt - journalier  du 21 novembre 1901 - 8 heures du soir. 

3.9.08 22:11


L'incident irlandais

Sûrement, il n’aurait pas dû : les Néerlandais n’avaient rien fait, eux ! Le renard avait de stupides pensées avant de se noyer, mais il se noya tout de même. Il aurait survécu quelques secondes de plus si le corps déjà inerte du garçonnet batave ne l’avait pas heurté à grande vitesse : il eut juste le temps d’entrevoir le papa du petit qui cherchait vainement à hurler, la bouche pleine d’eau. Sur le parking, c’était la panique, Francis O’Donoghue, le guichetier-opérateur de la cabin-car pleurait, le câble n’avait pas cédé, non, ça il faisait bien son job, tout était graissé, vérifié : l’essieu de la bobine, le câble : souvent les gens regardaient, rassurés, l’excédent de graisse qui coulait le long des planches du réduit du moteur ... tout était entretenu, même la poignée de cuivre de la porte, même la poignée. Les flots avaient repris un aspect normal, les puissants courants de mer qui séparaient l’île Dursey du continent avaient absorbé le renard et la petite famille de vacanciers au complet. Lorsque les secours arriveraient et ce serait difficile, car, dans la panique, des touristes avaient, en fuyant, encombré d’accidents la voie unique qui menait au Garnish Pier, ils ne trouveraient rien. Plus tard, grâce à l’hélico, avec un peu de chance, si les corps remontaient. Non, les câbles n’avaient pas cédé, la porte non plus, la cabine était suspendue, et paraissait en parfait état ; d’ailleurs, dès qu’il eut retrouvé ses esprits et sans souci de l’enquête policière à venir, l’opérateur remit le moteur en marche et ramena le car, pour en avoir le coeur net. Personne ne le croirait, ni lui ni les deux douzaines de témoins qui avaient assisté à la scène : la cabine était intacte, même la petite fiole d’eau bénite, ramenée de Fatima par un ilien, était toujours dans le rail qui servait jadis de point d’attache au garde-corps. Jadis, lorsque le car n’avait pas de porte. Et pourtant, le plancher, qui paraissait de nouveau si solide, s’était bien ouvert, précipitant dans l’horreur les six personnes. Perdu pour perdu, Francis rabattit sur lui la porte et laissa le moteur faire son travail , repoussant même avec brutalité un Allemand qui voulait empêcher cette folie. Le téléphérique passa sans encombre le premier pilier, puis le deuxième, la mer était en dessous à 30 mètres, violente et indifférente ; O’ Donoghue ne supportait plus : il sauta à pieds joints sur le plancher : rien ! Il s’assit sur le banc et prit son visage entre ses mains. Lorsqu’il leva de nouveau les yeux, il tourna machinalement la tête vers le psaume 91 , toujours accroché à la paroi et protégé par du plastique.


“Celui qui s'abrite sous la protection du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-Puissant. Je dis à Yahweh :


"Tu es mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me confie... "

 

A y regarder de plus près , pourtant, un graffiti inachevé - au stylo-bille - avait déformé le rhodoïd, mais bah, des graffitis , la paroi en était pleine. O’Donoghue fut admis en hôpital psychiatrique où il multiplia les tentatives de suicide, la cinquième fut la bonne. On ne retrouva rien du renard, qui, de toute manière, avait fait don de son corps aux crabes, ni d’aucun des Néerlandais, à l’exception du grand dadais d’adolescent, avec son T-shirt “ Comté d’Orange” ; en désespoir de cause on explora donc la cause politique, ce qui n’expliquait rien mais donnait du grain à moudre aux journaux. Et puis on laissa tomber ; l’habitacle du téléférique se retrouva chez le ferrailleur, c’est là qu’avec un peu de chance, je l’ai retrouvé. Le renard- mon père- était un plaisantin , il avait voulu inscrire 666, juste sur le passage où le psaume disait :

 

 “ Tu marcheras sur le lion et sur l'aspic, tu fouleras le lionceau et le dragon.”

 

 et l’ado aux références vaguement gothiques s’était contenté de ricaner. Saint Michel avait juste grogné : “ L’été on n’est plus chez soi nulle part, même pas en Irlande”. Le résultat du referendum avait beaucoup irrité l’archange, qui avait des emportements. Mais je vengerai mon père, emplumé de mes couilles !

 

 

 

 

28.7.08 22:22


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